Et ainsi soit-il ; un roman de Captain Emeraud.

Bienvenue sur le blog du roman Et ainsi soit-il,
histoire tragique sur l'adolescence moderne.
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Crédit image pour design : =Sugarock99 ; deviantart.

dimanche 29 mai 2011

ET AINSI SOIT-IL

à la seule personne qui pourra mettre un sens sur ces mots...
et à mon frère...


En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d'être heureux.
Marc-Aurèle.




Prélude


4 janvier 2010,

Les flocons restaient accrochés à mes cheveux. Le vent les faisaient glisser puis tomber sur mon long manteau noir. Mes doigts frigorifiés tenaient fébrilement ma première cigarette. Elle fumait un peu et je pouvais apercevoir les braises à son bout. Tremblante, je l'approchai de mes lèvres et aspirai. Me brûlant la gorge puis les bronches, la fumée ressortit par mon nez et me réchauffa le visage durant quelques secondes.
Remettant la cigarette entre mes lèvres, les idées dans mon crâne se bousculèrent, pour s'arrêter sur lui. Je ne voyais plus que ses yeux et son sourire charismatique. Je ne sentais plus que ses mains sur mes hanches et son souffle dans ma nuque. Je n'entendais plus que le bruit rauque de sa voix angélique résonnant à mes oreilles. Mes pensées restèrent bloquées sur lui, sur son prénom, ce prénom aux sonorités qui me donnaient des frissons, aux quatre lettres qui me donnaient encore goût à la vie.
Alex.

Au loin, sur la droite, j'aperçus la tour Eiffel. La nuit, durant cette saison, elle brillait grâce à toutes les ampoules qu'on lui avait installées.

J'avais couché avec Alex cette nuit-là. J'étais en train de fumer une cigarette. Et j'avais prévu de faire mille autres choses défendues.
Ne me jugez pas. Ne me blâmez pas. C'est ma vie. Ne me parlez pas de croyances ou de religion, j'ai laissé tomber tout ça. Ne me parlez pas de dignité, je n'en ai plus. Ne me parlez pas de respect, je n'y crois pas. Ne me parlez pas de moral, ne me parlez pas de ce que mon père en penserait, ne me parlez pas de ma mère, ne me dites pas que je fous ma vie en l'air.
Non. Parlez-moi d'amour, d'air pur et d'eau fraiche. Parlez-moi de liberté, d'égalité, de fraternité. Parlez-moi de météo, de la neige qui tombe jusqu'au soleil qui fait aux Caraïbes. Parlez-moi de musique. Parlez-moi de sujets heureux, de sujets libres, de sujets dont
je me fous complètement.
Parlez-moi d'Alex.
Et ainsi soit-il.















~VhPhoto ; deviantart.



PREMIÈRE PARTIE

I

4 janvier 2010,

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. 
Genèse 1 v.1.

Il n'y a qu'une chose qui nous ronge plus que l'amour ou que la mort. Une chose qu'il nous est impossible de sortir de notre esprit, une chose qui nous obsède alors que nous essayons de nous faire croire que tout va bien. Tout va bien... quel espoir naïf auquel nous nous accrochons.
Il n'y a qu'une chose qui nous ronge plus que la vie, et c'est le remord.

Je refusais de retrouver l'ambiance glaciale de ma chambre, le vent froid se glissant sous ma couette. Je refusais de retrouver l'ambiance vieillotte de l'appartement de Créteil dans lequel je vivais depuis ma naissance et qui avait vu plus de malheurs que n'importe quelle demeure.
Ma main hésitait sur la poignet de la porte d'entrée souvent franchie, tellement haïe.
La refermant derrière moi, j'éprouvais le sentiment de n'avoir pas su dire non une nouvelle fois. La lumière douce d'une nouvelle matinée éclairait les murs lavande du salon, et le grand canapé blanc accueillait des tonnes de bouteilles d'alcool, de paquets de cochonneries, et des mouchoirs. Je n'entendais rien de plus que le murmure d'une maisonnée endormie, et les courageuses voitures du matin qui roulaient sur la route face à l'immeuble. Je m'enfonçais dans le couloir face à moi et m'arretai devant la porte blanche du fond sur laquelle pendaient les cinq lettres que ma mère avait, avec le peu de force qu'elle possédait à l'époque, réaccrochées, le visage dégoulinant de larmes et les mains tremblantes d'une tristesse jamais évanouie et qui nous suivraient toutes deux jusqu'à la fin.
La pièce était telle que je l'avais vu le jour d'avant ainsi que tous les autres qui l'avaient précédé. Les traces de pates à fixer sur les murs bleu ciel, les déchirures suite à l'arrachement des posters qui avaient été accrochés avec du scotch, les feuilles trainant sur la moquette grise, les photographies déchirées sous le bureau, les plumes de l'oreiller étalées sur le sol telles des cadavres... tout était exactement à sa place.

« Tu fais la plus grosse connerie de ta vie ! » 
Notre dernier échange.

Le remord me rongeait, me tuait, et me forçait peut-être à mourir assassinée par moi-même. Si je vous disais que je ne croyais pas à l'espoir naïf que tout allait bien dans ma vie, ce serait un mensonge, et si je continuais en vous disant que tout cela ne m'obsedait pas, ce serait de la mythomanie.
J'allais mourir, par ma faute, et je n'en blamais personne. Même pas moi.

Ma mère me retrouva dans la cuisine. J'étais assise comme à mon habitude sur le tabouret haut du bar. Un café fumait dans la tasse que les doigts de ma main droite agrippaient. Elle le savait, elle l'avait deviné. Ca se lisait surement sur mon visage, à cause de ces satanées cernes que je n'avais pas réussi à simuler, ou alors dans ma tenue, la même qu'hier. Ou alors, même si elle avait déprimé seule sur le canapé, et qu'elle n'avait pas remarqué ma sortie, elle avait du aller voir dans ma chambre si j'y étais, et même bourrée, elle ne m'y avait pas retrouvée, et même avec la gueule de bois, elle se souvenait. Elle avait du s'inquieter. Mais, au fond, je m'en foutais. Je haïssais ce qu'elle était désormais depuis bien longtemps, bien trop longtemps. Elle ne me demanda rien, ne fit aucune remarque, et n'articula meme pas un salut. Notre relation se contentait de ce long silence depuis plusieurs mois. Nous n'avions jamais essayé de consoler l'autre, par pure égoïsme, mais nous ne nous en voulions pas car nous savions qu'aucune des deux ne s'excuserait. Je savais que ma mère mourrait du même remord que moi, même si ce n'était pas de la même manière. Elle se tuait dans sa solitude, dans ses relations d'une nuit, et dans la drogue. Elle pensait que je ne savais rien, et c'était là, son espoir naïf à elle.
Quand Noah entra dans la pièce, nous coupâmes court à nos longues pensées et à notre contemplation de l'autre, seul acte que nous arrivions à faire encore. Noah était un petit garçon de quatre ans, irresistible, farceur, qui ne méritait pas la vie qu'il avait. Il avait une petite tête ronde, deux yeux bleus profonds et des cheveux blonds qui lui cachaient son regard perçant, enfantin, innocent. Il portait ce jour-là un pyjama à rayures bleus et nous salua toutes deux avec son habituel sourire qui nous rappelait pourquoi nous étions encore là, à ma mère, mais aussi à moi. Il avait toujours mérité mieux que tout ce que nous pouvions lui offrir chaque jour ; à savoir le peu de bonheur qui habitait encore nos coeurs.

Je rêvais souvent la nuit que mon petit frère était dans une autre famille qui s'occuperait mieux de lui que nous. Et au fond, j'étais certaine que ma mère faisait le même rêve.


II

8 janvier 2010,

La beauté finit en laideur,
le destin de la jeunesse est d'être flétrie,
la vie n'est qu'un lent pourrissement,
nous mourons chaque jour.
Frédéric Beigbeder.

Le vent caressait mon visage, et le moteur bourdonnait. J'ai toujours apprecié les voyages en scooter, moto et autre moyen de locomotion à deux roues. J'aime l'air qui fouette mon visage, le bruit assourdissant du moteur et les paysages défilants à toute vitesse.
Mon chauffeur s'amusait à faire des zigzags, à doubler des voitures, à prendre des sens interdits et à faire la course aux autres deux roues.

Nous posâmes les pieds au collège en début d'après-midi, après nous être amusés comme des fous. Je remerciais l'inconnu qui paraissait me connaitre, vu qu'il m'appelait par mon prénom.
Mon collège se trouvait à Paris, ma mère ayant refusé de me laisser aller dans un collège public m'avait inscrite dans un privé, huppé, que je n'aimais pas plus que ça. Mes pieds s'enfonçaient dans la neige, et je passai mes mains frigorifiées sur la matière blanche, glacée. Je ramenai la droite à mes lèvres et goutai quelques flocons. Un débile souvenir de ma tendre enfance.
Nostalgique, j'entrai dans l'établissement suivi de près par l'inconnu-chauffeur qui secoua ses cheveux blonds après avoir retiré son casque. Il souriait constamment. Il m'avait permis de m'enfuir de ce monde pendant une matinée. Je lui offris une vision de mes dents. Il parut heureux et me quitta pour aller en cours.
Je fis de même.

J'avais séché tous les cours qui précédaient la pause déjeuner, et la professeur de mathématiques m'envoya directement chez le conseiller principal d'éducation dès que j'ouvris la porte de la salle de cours. Aucun des deux délégués ne m'accompagna. C'était trop habituel, et les fatiguer n'aurait servi à rien. Thalès était bien plus important.
Je retrouvai ma classe juste après le cours de mathématiques pour filer tout droit en chimie. De ces trente personnes, très peu m'appréciait, peut-être parce que je les haïssais toutes.

La cour était un endroit de repos, ou d'amusement pour les plus jeunes. Pour moi c'était plus un lieu de libération, où ma solitude m'enveloppait. J'aimais les observer. J'aimais cette impression d'être différente d'eux, d'être quelqu'un d'autre, ou alors, oui, d'être tout simplement quelqu'un.
Ma première psychologue avait seulement dit à mes parents qu'elle comprenait très bien que je me renferme sur moi-même, que c'était tout à fait normal dans ce genre de situation. Et j'avais toujours eu envie de lui demander qu'est-ce qu'elle en savait. Mais je m'étais tu. Je pensais que ça aurait simplifié nos vies. Je ne me doutais pas que rien ne les aurait jamais simplifiées, que rien n'aurait jamais pu faciliter nos choix.
Ce jour-là, je n'aurais jamais douté que quelqu'un se serait approché de moi, et que ce quelqu'un aurait tenté de discuter avec moi. Surtout, si ce quelqu'un, je n'avais plus jamais envie de voir sa gueule d'ange.

La première fois que je vis Matthieu c'était le quatre janvier en descendant de la voiture de ma mère, pile à l'heure pour mon cours de sport. Il parlait avec un garçon plus grand et plus âgé que lui. Ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Ils s'étaient retournés vers moi comme un seul homme et m'avaient souri. Fatiguée comme je l'étais après ma nuit blanche, j'avais failli pleurer. C'était sans compter sur mes yeux qui avaient perdu trop de larmes pour en posséder encore.
La seconde fois que je vis Matthieu c'était en plein milieu du gymnase pendant que le professeur de sport s'attelait à la tâche de le présenter, lui le nouveau, à toute la classe. Il paraissait à l'aise et les idiotes étaient déjà folles amoureuses de ses boucles noires et de ses yeux bleus azur.
La troisième fois que je vis Matthieu c'était en sortant des vestiaires pour me diriger vers la cour. Il me salua, me sourit, se présenta. Je ris nerveusement et lui dis que je savais comment il s'appelait. Il ne répondit pas et continua de sourire. Les hommes ne comprennent jamais rien. Je lui parlai donc froidement, et il comprit.
Je m'en voulais.

III

13 janvier 2010,

Enfance, seul âge de la vie où le bonheur puisse être un état.
Paul Saint-Onge.

Cette après-midi là, une fois que je fus rentrée, Noah sauta sur moi pour me supplier de l'accompagner au parc. Souriante, un quart heureuse, j'acceptai.
En marchant dans la rue, il raconta tout excité un nombre exhorbitant d'histoires de petit garçon.
Il était amoureux. D'une petite fille extraordinaire. Elle était aussi amoureuse de lui. Elle était venue le voir et lui avait demandé s'il voulait bien être son amoureux. Il avait dit oui. Ils s'étaient pris la main, et ils s'étaient faits des bisous sur la joue.
Mais le lendemain, elle était venue le revoir. Elle était pas contente. Il comprenait pas. Elle lui avait annoncé ensuite qu'il n'était plus son amoureux, et que son amoureux maintenant c'était Pierre.
Mais ce n'était pas grave, parce que Noah, il était l'amoureux d'Emma maintenant. Et puis que Pierre c'était plus le meilleur copain de Noah. Maintenant c'était Louis. Puis c'était mieux, parce que Louis, il avait plus de billes que Pierre.
Ca faisait si longtemps que l'on ne m'avait pas autant parlée. La minuscule petite main de Noah emprisonnée dans la mienne me rendait follement heureuse. Il ne le fallait pas.

J'essayais de me souvenir de quelle vision j'avais de l'amour au même âge que lui, si j'étais aussi innocente et en même temps avancée pour mon âge.
Mes souvenirs étaient si purs, si troubles, si idéales, que j'avais du mal à croire que je voyais l'amour comme le lien unissant les princes aux princesses, les hommes bons aux femmes parfaites, mon père à ma mère. Je me remémorais Cendrillon dansant avec son prince charmant, sa robe virant du bleu au rose, ainsi que la belle Aurore, la Belle au Bois dormant, embrassant le sien, et qui instantanément reprenait vie.
C'est si dur de penser qu'en quelques années on peut tout à coup comprendre d'une manière violente, triste, et déprimante que durant toute notre enfance tout ce qui nous entourait et nous emplissait de joie n'était qu'un leurre. L'amour est très loin d'être parfait. L'amour n'est que la cause première de la souffrance.
L'adolescence. La prise de conscience.

Je souffrais. Mentalement.

14 janvier 2010,

Est-ce que le but de la vie est de vivre ?
Paul Claudel.

J'inspirais toujours profondément avant de foncer tout droit vers mon adversaire. Je soulevais sa jambe avant de lui planter mes yeux dans les siens. Un coup de poing. Il s'écroulait.
Je n'aimais pas la violence. Je détestais ça. Je détestais tout.

Ce jour-là, j'affrontais une de ces adolescentes au sang chaud, chewing-gum à la menthe dans la bouche, cheveux tirés avec une barrette de couleur affriolante, habillées d'un jogging de marque qui ne passait pas inaperçu de part sa couleur et du fait que l'on apercevait leurs strings qui dépassaient. Elles me traitaient de tous les noms les gamines du genre, me reprochaient tout : les mauvaises humeurs de leurs frères, les disputes avec leurs copines, les aventures de leurs petits et ex-petits amis. Je ne répondais jamais à leurs insultes futiles, à leurs arguments sans fondement. Mais quand leur premier coup partait, souvent une gifle sur ma joue gauche, j'attrapais leur bras, le retournait, ce qui les faisait automatiquement tourner sur elles-mêmes, elle se retrouvaient dos à moi, je posai donc mon menton sur une de leurs épaules et chuchotai dans leur oreille : "Va jouer avec tes barbies au lieu de chercher des filles encore plus salopes que toi, idiote.". Leurs copines qui étaient tout autour, me crachaient alors dessus, n'osant plus s'approcher de moi voyant que je maitrisais leur maitresse : la chef, la plus forte.
Dans l'obscurité de cette soirée-là, j'arrivais même à percevoir la lumière jaunâtres des braises de leurs cigarettes qu'elles fumaient toutes pour se la péter. Et surement parce que lorsqu'elles croisent un mec de leur genre, - habillé d'un jogging, crachant par terre à chaque occasion, portant une casquette valant la moitié du salaire de sa mère, - c'est mieux d'avoir du feu s'il en demande. Ce qu'il fera à tous les coups. Et le soir même, elles pleurent car le gars en question voulait juste les mettre dans son lit surement pour leur apprendre à faire des bébés.
Ce jeudi soir, elles fumaient donc. Et même si je maitrisais une petite brune rondouillette qui machouillait un chewing-gum Hollywood aromatisé à la menthe et qui m'insultait de prostitué car j'aurais couché avec l'amour de sa vie, elles ne me crachèrent pas dessus. Je venais pourtant de sortir ma réplique. Je crus entendre quelques soupirs. Et je sentis alors la petite qui convulsait sous moi. Elle pleurait, à chaudes larmes. Elle se débattait aussi. Je la lachai. Elle s'enfuya. Les autres s'approchèrent donc de moi. Elles m'encerclèrent. Elles me sortirent des insultes horribles, des histoires immondes, me mettant tout sur le dos. Elles riaient toutes d'un rire mauvais et infernal qui me donnait la nausée.
J'ignorais combien elles étaient quand j'ai senti le premier coup, dans mon dos. Ce n'est qu'au bout du quatorzième - un coup de pied dans mon ventre alors que j'étais allongée sur le sol - que je compris qu'elles étaient plus de cinq. Je gémissais à chaque fois et ça leur donnait des fous rires compulsifs, alors elle me retapait, chacune leur tour, sur chaque partie de mon corps.
Au bout du quatre vingt treizième coup, ou peut-être plus - j'avais perdu le fil depuis bien une vingtaine de baignes -, alors que je commençais à sombrer, un cri les fit disparaitre.
Je fermai les yeux et m'endormai.

Je souffrais. Physiquement.

IV

28 janvier 2010,

Si j'avais le pouvoir d'oublier, j'oublierais.
Charles Dickens.

Le verre était là, posé sur le comptoir en ébène et l'odeur nauséabonde qui s'en dégageait m'attirait. Sur le bord du verre, mes lèvres avaient laissé une élégante trace rosâtre de rouge à lèvres. Ma main errait sur le comptoir, passant et repassant devant le verre. Le verre qui était posé là, posé sur le comptoir en ébène et dont l'odeur nauséabonde de whisky m'attirait.
L'horrible musique techno qui passait dans cet appartement depuis des heures parvenaient à mes oreilles presque sourdes. Mon corps se secouait au rythme des basses. Mon bassin basculait de droite à gauche et je ne tardis pas à sentir un corps étranger derrière moi. Les deux nouvelles mains étaient curieuses et tandis que l'une caressait lentement l'intérieur de ma cuisse droite, l'autre m'arrochait à l'homme. Ma main droite quitta le comptoir et alla rejoindre l'autre qui s'accrochait à la chevelure brune masculine. Des lèvres embrassaient ma nuque. Ce toucher était rugueux et l'haleine de l'homme sentait un mélange de bière et de cigarette.
J'entendis une voix familière. On m'appelait. Ca me parut loin au premier abord puis je remarquai que ça se rapprochait et que petit à petit ça couvrait les grognements du type qui me déshabillait. Mon avant-bras droit fut emprisonné par une cinquième main qui fit son arrivée, puissante et féroce. On me retira à cette étreinte sensuelle.
Mon avant-bras ne pouvait se défaire de la main qui le kidnappait. Son agresseur le tirait loin, loin de cette cuisine au comptoir en ébène, où mon verre de whisky gisait, encore à moitié plein.
Nos deux corps traversèrent la foule. Je sentais les différentes odeurs, je perçus les plus infimes parfums de chez Dior, légers et fruités, ou forts et élégants, mais aussi les odeurs répugnantes de cigarette, d'alcool et de sexe.
Une fois la porte d'entrée derrière nous, la personne à qui appartenait la main se retourna face à moi et lacha mon avant-bras. Ses deux mains se posèrent sur mes épaules. Ses deux yeux azur se plongèrent dans mes minables yeux qui voyaient double. Et nous deux, nous restâmes là, à contempler nos regards dans le plus grand des silences et dans une obscurité qui étrangement me laissait impassible. Habituellement, être dans le noir avait sur moi un effet, celui d'avoir peur, l'adrénaline. Mais là, je ne ressentais rien, ni peur, ni stress. Juste une envie maladive de vomir et d'embrasser la fine bouche de Matthieu.
- On s'en va, prononça sa douce voix qui me paraissait être aussi lointaine de moi que je l'étais dans mon état.
Les questions normales ne me vinrent pas à l'esprit. Les "mais qu'est-ce qu'il fout ici ?", "putain, mais pourquoi est-ce qu'il m'embarque comme ça ?" et "qu'est-ce que je lui ai fait sérieux ?" ne m'ont pas traversée. Il n'y avait qu'une seule question que je me posais. Pourquoi n'avais-je pas remarqué plus tôt combien il était beau ?
- On va nulle part Matt, articulai-je enfin.
- Arrête tes conneries sérieux ! Et dis moi oui.
- J'veux pas, j'veux pas, j'veux pas ! trépignai-je.
- Chut, arrête. Je te demande pas le ciel non plus, pense y.
- Chuuuttt... soufflai-je.
- Je veux juste que tu m'accompagnes durant une semaine pour aller skier, chuchota-t-il à mon oreille. Je t'en prie, dis oui. Tu me dois bien ça.

Je revoyais avec une grande précision ses boucles brunes sur le fond vert d'eau du fauteuil, son visage d'ange aux traits fins, fermé, endormi, et mon miteux corps sur le lit d'un hopital. Il se révela que le quatorze janvier au soir, je m'étais faite tabassée exactement devant l'immeuble dans lequel la belle petite famille de Matthieu vivait. Ce dernier me reconnaissant par la fenêtre demanda rapidement à son frère ainé de venir voir ma dépouille dehors tandis que lui-même appeller les pompiers. Les parents, inquiets de mon état et du fait que leur fils semblait me connaitre, refusèrent à quiconque le droit de suivre le camion de pompiers qui m'emmenait à l'hopital le plus proche. Le lendemain, à l'aube, le frère de Matthieu les y conduisit quand même, lui et son frère. Une fois sur les lieux, le cadet demanda ma chambre et s'y installa pour y terminer sa nuit.
Enfin, du moins, c'est tout ce qu'il me raconta à son réveil.
Il revint tous les jours me rendre visite bien que je restais excessivement froide et méchante avec lui. Lorsque j'appris que j'allais enfin quitter l'hopital, je dus l'interdire de me refréquenter par la suite. C'est à ce moment précis qu'il me parla d'une semaine de vacances dans un chalet appartenant à sa famille durant le mois de février.

- Il faut que j'y retourne.
- Pour te faire baiser par un mec qui doit avoir l'âge de ton père ? s'énerva-t-il.
- LA FERME ! Je suis pas venue seule, j'peux pas abandonner mon pote maintenant. Si t'es pas content c'est pareil.
- Si tu y retournes, toi et moi, nous ne nous parlerons plus jamais.
C'était effectivement ce que je voulais, mais je m'abstins de prononcer un seul mot. Je déposai un baiser sur sa joue droite puis un sur sa main droite et le laissai planté là en retournant à l'intérieur.
Je me glissai alors, titubante, au milieu des corps suants qui se déplaçaient au rythme de la détestable musique. J'avançai difficilement. Lorsque j'atteignis enfin la sublime cuisine au comptoir en ébène, je m'écroulai. Je me relevai avec difficulté, je me mis à rire. Un autre rire se mela au mien, je levai les yeux pour chercher d'où provenait ce son réconfortant. Assis sur une chaise, mon inconnu-chauffeur me matait avec un grand sourire collé au visage et mon verre de whisky désormais vide à la main.


3 commentaires:

Rosemonde a dit…

Yeah ! Très fortes influences dans le chapitre IV ma petite mmh ?....
Mais j'adooooore, continue comme ça ! :D

Rosemonde a dit…

"à la seule personne qui pourras mettre un sens à ses mots..." Tu parles de moi ? Ou de quelqu'un d'autre ? En tout cas c'est trognon chérie !!! <3

Rosemonde a dit…

Et merde et merde, excuse-moi cousine... Troisième commentaire à la suite, j'suis désolé, ça pollue ton mur mais ça fait plus de commentaires, c'est chouette :D Donc tout ça pour répondre à ta question concernant le design du blog : j'adore le design de ton blog donc, un peu sombre, mais la photo de la fille a gauche est tout simplement sublime, j'adore ! Dis-moi, c'est un design que t'as pris sur Internet ? Est-ce que tu as lu mon mail que je t'ai envoyé concernant notre petite histoire, tu sais, cette fameuse histoire, Déglingué... Bye, bise, bisou, kiss kiss kiss, a plus :)

Tu prima <3